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Stratégie4 min de lecture

L’étude de marché d’une PME doit changer une décision

Les guides expliquent comment collecter des données. Presque aucun ne dit à quoi se reconnaît une étude de marché utile : une PME qui n’a renoncé à rien après la sienne a payé pour un dossier, pas pour une décision.

Les toits de Genève vus de hauteur, la flèche d’une cathédrale au-dessus de la ville.
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Photo Gavin Li · Unsplash

Une étude de marché se juge à une chose : la décision qu’elle a changée. Si, une fois le document rendu, vous n’avez renoncé à aucun segment, revu aucun prix et reformulé aucune promesse, l’étude de marché de votre PME a produit un dossier, pas un résultat. Les guides disponibles expliquent presque tous la même chose — comment bâtir un questionnaire, où trouver des données publiques, comment mener un entretien. Aucun ne dit à quoi se reconnaît une étude qui valait son coût.

Écrivez la décision avant de collecter

Une étude utile commence par une phrase de cette forme : nous devons décider si nous ouvrons un second marché, si nous montons nos tarifs de quinze pour cent, si nous continuons à accepter des mandats sous dix mille francs. La décision d’abord, la collecte ensuite. Sans cette phrase, tout devient intéressant et rien n’est utile : on rassemble des chiffres de secteur, des tendances de consommation, un panorama, et on referme le dossier parce qu’il ne dit pas quoi faire lundi matin.

Un test rapide avant de commencer : si les deux réponses possibles à votre question mènent à la même action, la question ne mérite pas d’étude. Gardez-la pour plus tard et passez à celle qui vous coûterait cher si vous vous trompiez.

En Suisse romande, le terrain se regarde en entier

Les méthodes par échantillon ont été conçues pour des marchés qu’on ne peut pas voir en entier. Ce n’est pas le vôtre. Dans la plupart des secteurs romands, vous pouvez nommer vos vingt ou trente concurrents réels — ceux que vos clients ont vraiment consultés avant vous — puis les observer un par un : prix affichés, délais annoncés, mots qu’ils répètent, et surtout ce qu’ils ne proposent pas. Ce recensement ne demande pas de budget, mais deux jours, un tableau, et la discipline de noter ce qui est écrit plutôt que ce qu’on croit savoir.

Un marché petit a un second avantage : les mêmes noms y reviennent. Vous découvrez alors que trois de vos concurrents supposés n’apparaissent jamais en face de vous, et qu’un prestataire que vous ne regardiez pas est systématiquement dans la comparaison. Aucune donnée sectorielle nationale ne vous aurait appris cela.

Les affaires perdues apprennent plus que les gagnées

Appelez vos cinq derniers clients signés avec une seule question : qu’est-ce qui vous a décidé ? Notez leurs mots, pas votre reformulation. Appelez ensuite trois prospects qui ont choisi quelqu’un d’autre, et posez l’inverse : pourquoi lui ? Ces trois appels sont les plus inconfortables de la démarche, et ils valent souvent le reste de l’étude.

Ce que vous cherchez n’est pas un compliment mais un critère : un délai, une disponibilité, une recommandation, la peur de se tromper, un prix enfin lisible. La plupart des entreprises sont persuadées d’être choisies pour la qualité de leur travail. Celles qui le vérifient découvrent souvent un critère qui ne figure nulle part sur leur site, et qui décide tout.

Deux ou trois constats, chacun suivi d’un renoncement

Une étude exploitable tient sur deux pages : deux ou trois constats qui dérangent, chacun assorti d’une décision. Vos clients vous choisissent pour votre réactivité alors que votre page d’accueil vend votre créativité ? C’est la page qu’il faut réécrire, pas le logo. Vos deux concurrents les plus proches affichent des prix inférieurs d’un quart et vendent en réalité un autre travail ? Il faut expliquer l’écart noir sur blanc, ou renoncer à ce segment.

C’est ce diagnostic que nous plaçons au début d’un projet, dans le pôle Stratégie, avant toute production : une identité visuelle construite sur un constat faux coûte deux fois, une fois pour la produire et une fois pour la refaire.

Trois signes qu’une étude de marché a raté

Rien n’a été abandonné à la fin. Aucune phrase du marché n’est citée mot pour mot dans le document, ni celle d’un client, ni celle d’un concurrent. Et personne n’a rouvert le dossier depuis la réunion de restitution. Trois symptômes du même mal : l’étude a servi à se rassurer, pas à trancher.

Une étude qui ne se termine par aucun renoncement n’est pas une étude, c’est une revue de presse. C’est pour cela que nous n’ouvrons pas de chantier d’image avant d’avoir écrit, en une phrase, la décision que le diagnostic a changée.

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