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Identité visuelle4 min de lecture

Mettre votre site en ligne change la licence de votre police

Une police achetée pour votre charte n’est pas forcément autorisée sur votre site : la licence web est un contrat distinct. Le risque ne se déclenche pas à l’achat, il se déclenche à la mise en ligne.

Des caractères mobiles en métal rangés dans leur casse, patinés par l’usage.
Identité visuelle

Photo Darren Ee · Unsplash

Une police de caractères sert deux fois : dans vos documents, et sur votre site. Ce sont deux usages, deux contrats, deux factures. La licence de bureau — celle qui vient avec l’achat d’une police pour votre studio ou votre imprimeur — couvre le premier. Elle ne couvre presque jamais le second, parce que sur le web le fichier de la police est envoyé au navigateur de chaque visiteur : vous ne l’utilisez plus, vous le distribuez. C’est cette distinction que recouvre la licence web, et c’est elle qu’on découvre en général trop tard.

Ce que vous achetez n’est pas un dessin, c’est un fichier

Ce qui se vend et se protège, dans la plupart des cas, n’est pas l’apparence des lettres mais le programme qui les dessine. Le cabinet new-yorkais Cowan, DeBaets, Abrahams & Sheppard le formule sans détour : le dessin d’un caractère n’est pas protégeable par le droit d’auteur américain, mais le logiciel qui le restitue l’est. La règle est de droit américain et ne se transpose pas telle quelle, mais elle éclaire ce qui vaut partout : ce qui vous engage n’est pas votre intuition de ce qui serait juste, c’est le contrat que vous avez accepté en téléchargeant le fichier.

La conséquence est concrète. Un logo dessiné à partir d’une police, puis livré en courbes, ne fait plus circuler de fichier : beaucoup de fonderies l’admettent sans licence supplémentaire, certaines exigent un accord spécifique, et c’est écrit dans le contrat de chacune. Une page web, elle, distribue le fichier à tout le monde. La même typographie peut donc être parfaitement en règle sur votre papier à en-tête et hors licence sur votre page d’accueil.

Quatre questions avant de valider une typographie

Pour quel usage : bureau, web, application, ou documents diffusés en PDF ? Pour quel volume : beaucoup de licences web se tarifent aux pages vues mensuelles, et votre facture change le jour où votre trafic décolle. Pour quelle durée : un achat perpétuel, ou un abonnement qui coupe le service à son échéance ? Et au nom de qui : une licence achetée par votre agence n’est en général ni cessible ni transférable, si bien que le jour où vous changez de prestataire, vous ne possédez rien.

Ces quatre réponses tiennent en un courriel. Les obtenir avant de valider une direction artistique coûte dix minutes ; les obtenir après coûte une refonte.

Le glissement le plus fréquent se produit entre deux prestataires

Le scénario se répète : un studio achète une licence de bureau, dessine le logo, livre les fichiers, et tout est en ordre. Six mois plus tard, une autre équipe construit le site et reprend la même typographie pour les titres, parce que la charte la prescrit. Le fichier part désormais chez chaque visiteur. Personne n’a menti, personne n’a rien acheté de nouveau, et l’entreprise se retrouve porteuse du risque sans jamais avoir pris la décision qui l’a créé.

Comment vérifier la licence web de vos polices en dix minutes

Demandez trois choses par écrit à votre prestataire : le nom exact des polices servies par le site, la fonderie qui les édite, et la facture de licence web établie au nom de votre entreprise. Si la réponse est « ce sont des Google Fonts », demandez lesquelles : ces polices sont diffusées sous licence ouverte et couvrent l’usage web, la réponse est recevable. Si la réponse est que la police était déjà installée sur l’ordinateur du prestataire, vous avez aussi la vôtre.

Régulariser coûte rarement cher. Changer de police coûte beaucoup plus : la typographie porte la mise en page, et la remplacer une fois le site en ligne oblige à reprendre les titres, les gabarits, souvent les documents imprimés qui vont avec.

Ce qu’une identité doit vous livrer

Une identité visuelle complète se transmet avec ses polices et les licences correspondantes, établies au nom de votre entreprise, au même titre que les fichiers sources. Et quand le studio qui l’a construite fabrique ensuite le site, la question ne se pose pas deux fois : l’usage web est prévu au moment où la typographie est choisie, pas découvert au moment de la mise en ligne.

Une charte qui prescrit une typographie que vous n’avez pas le droit de servir n’est pas une charte : c’est une facture différée.

Pôle 02 · Identité visuelle

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